Les indispensables à savoir avant d’enregistrer un podcast

1. Pourquoi utiliser un casque ?

Le casque est l’indispensable des mĂ©tiers audios. Pour enregistrer un podcast, il est utilisĂ© pour avoir un retour sur ce qui est enregistrĂ©, c’est le premier « check » pour Ă©couter si l’émission se dĂ©roule bien et qu’il n’y a pas de problĂšme sonore (type grĂ©sillement, sous modulation, saturation, bruit de fond gĂȘnant
)


2. Qu’est-ce qu’un Micro ?

Appareil servant à transformer les vibrations sonores en impulsions électriques. C’est un peu barbare mais plus simplement, il sert Ă  amplifier le son.
Pour optimiser votre qualité sonore, il existe plusieurs types de micros.

  • Les micros dynamiques : pratique pour la prise en main de l’intervenant, car ils amplifient peu les bruits de manipulation et ont une sensibilitĂ© infĂ©rieure Ă  la famille qui suit.
  • Les micros statiques : ils offrent des rĂ©sultats plus fidĂšles Ă  la rĂ©alitĂ©. Plus coĂ»teux, le micro statique est Ă©galement plus fragile, avec une membrane beaucoup plus sensible, il rĂ©siste moins bien aux chocs et au vent lors d’une utilisation extĂ©rieure. Il est considĂ©rĂ© comme un micro haut de gamme qui s’utilise en majoritĂ© dans une acoustique maitrisĂ©e.

Pour bien enregistrer un podcast et faire le bon choix du micro adapté à vos besoins, vous devez prendre en compte un dernier élément. La directivité du micro !

  • DirectivitĂ© cardioĂŻde : la plus utilisĂ©e en studio d’enregistrement et en home studio, elle correspond Ă  des microphones sensibles uniquement aux sons provenant de l’avant.
  • DirectivitĂ© omnidirectionnelle : ces microphones sont sensibles au son de façon identique Ă  360°, peu importe la position de la source sonore.
  • DirectivitĂ© figure en 8 : le microphone capte le son provenant de l’avant et de l’arriĂšre mais n’est pas sensible aux sources sonores latĂ©rales.

3. A quoi sert une console pour enregistrer un podcast ?

La console ou table de mixage est utilisĂ©e pour faire le mixage de plusieurs sources audios, avec diffĂ©rents branchements. Elle reçoit des sources audio type micro, jingle, ordinateur ou tĂ©lĂ©phone qu’elle mixe puis renvoie en un fichier son global pour qu’il soit ensuite enregistrĂ© ou diffusĂ© sur un ordinateur ou via une carte SD.


4. Quelle configuration pour qui et à quel moment ?

  • Pour enregistrer un podcast, un podcaster seul n’aura besoin que d’un seul micro, il va pouvoir enregistrer sa chronique avec un micro USB qu’il branche Ă  son ordinateur.
  • Une Ă©mission plus complĂšte, plusieurs intervenants en simultanĂ©e et quelques Ă©lĂ©ments sonores, nĂ©cessitera une console pour rĂ©aliser un enregistrement d’émission dans les meilleures conditions.
  • Enfin, quant au reporter, il peut utiliser des enregistreurs numĂ©riques pour ĂȘtre mobile.

Sollicitez notre Ă©quipe Ă©ditoriale pour en apprendre davantage.

Trois possibilités pour enregistrer un podcast

1. Je suis podcaster solo (type chronique), une seule voix, la mienne

J’ai besoin de :

  • un micro USB
  • un ordinateur avec logiciel d’enregistrement (type Audacity ou Garage Band par exemple qui sont gratuits)
  • un casque

Démarrage express :

  • Brancher le micro USB Ă  l’ordinateur
  • Aller dans les prĂ©fĂ©rences systĂšme de l’ordinateur pour regarder si le micro est bien reconnu par l’ordinateur
  • Affecter le micro comme source d’enregistrement Audacity
  • Appuyer sur le bouton Rec (rond rouge) sur la barre du haut de Audacity pour lancer l’enregistrement
  • Parler prĂšs du micro
  • Bien faire attention Ă  ce que le signal sonore ne sature pas et module entre -15 et -5 dB FS. (cf. tuto prise de son Ă  venir). Pour cela, vous rĂ©glez votre volume d’entrĂ©e Ă  l’aide de l’icĂŽne Micro sur le logiciel.

Pour rĂ©sumer, pour cette configuration, il suffit d’avoir :

  • Un ordinateur avec un logiciel d’enregistrement audio installĂ©
  • Un micro USB
  • Un casque

Prix : €

15 Ă  45 euros pour un micro USB en fonction des modĂšles.

2. Je suis podcaster solo ou avec un ou plusieurs intervenants

Pour enregistrer un podcast, j’ai besoin de :

  • un enregistreur type ZOOM H4N (2 entrĂ©es XLR) ou Tascam DR-100MKIII (2 entrĂ©es XLR) ou ZOOM H6N (4 Ă  6 entrĂ©es XLR – avec la capsule d’extension) ou Tascam DR-680MKII (4 entrĂ©es XLR + 2 entrĂ©es Jack TRS 6,35mm)
  • micros avec une sortie XLR et leurs cĂąbles mĂąles/femelles
  • un casque ou des Ă©couteurs
  • une carte SD

Démarrage express :

  • Brancher le/les cĂąble(s) XLR au micro et Ă  l’enregistreur numĂ©rique
  • Mettre la carte SD dans le Zoom ou dans le Tascam
  • SĂ©lectionner la ligne pour chaque micro branchĂ©
  • Appuyer une premiĂšre fois sur le Bouton Rouge Rec (cela permet d’ouvrir la ligne pour rĂ©gler les niveaux = armer l’enregistrement)
  • RĂ©gler le niveau des micros pour moduler entre -15 et -5Dbs, faire attention Ă  ne pas saturer

Sur le H4N, rĂ©gler le niveau global de tous les micros et appuyer sur la touche + ou – sur le cĂŽtĂ© droit de l’appareil (Rec Level).

enregistrer-un-podcast-micro h4n

Sur le H6N, régler le niveau par micro avec la molette individuelle par micro.

enregistrer-un-podcast-micro h6n

Sur le Tascam DR-100MKIII, rĂ©gler le niveau d’entrĂ©e par micro avec la molette

enregistrer-un-podcast-micro Tascam
  • Pour dĂ©clencher l’enregistrement, appuyez une seconde fois sur le bouton REC.
  • Pour rĂ©cupĂ©rer votre fichier audio afin de le travailler au montage :
    • Brancher l’enregistreur Ă  l’ordinateur grĂące au cĂąble USB
    • Allumez-le et sĂ©lectionnez le mode SD Card Reader
    • L’enregistreur apparaĂźt alors sur votre « bureau », vous pouvez rĂ©cupĂ©rer votre fichier dans l’un des dossiers d’enregistrements.
    • Vous pouvez dĂ©sormais retravailler votre audio Ă  partir de votre logiciel de montage prĂ©fĂ©rĂ©.

Pour résumer, pour cette configuration, il faut avoir :

  • Un enregistreur de type Zoom H4N (198€) ou Tascam DR-100MKIII (349€) Zoom H6 (environ 300€) ou Tascam DR-680MKII (436€)
  • Un casque
  • Une carte SD
  • Un ou des micros
  • Le mĂȘme nombre de cĂąbles XLR mĂąle/femelle

 

3. Enregistrer un podcast avec une configuration alternative ultra lĂ©gĂšre Ă  partir d’un tĂ©lĂ©phone portable

Cette configuration n’est pas idĂ©ale pour enregistrer un podcast rĂ©guliĂšrement. MĂȘme avec un matĂ©riel adaptĂ© et de qualitĂ©, la prise de son sera moins bonne et le rendu moins professionnel. Elle reste nĂ©anmoins pratique et lĂ©gĂšre.

 

Pour enregistrer un podcast avec cette configuration, j’ai besoin :

  • d’un smartphone muni d’une application d’enregistrement et d’une capacitĂ© de mĂ©moire suffisante
  • d’un ou deux micros avec une sortie jack et un adaptateur les reliant au tĂ©lĂ©phone
  • d’un casque

Démarrage express :

  • Brancher le micro sur l’entrĂ©e jack du tĂ©lĂ©phone
  • Enregistrer un podcast dans l’enregistreur
  • Exporter le fichier audio
  • Le sauvegarder sur un ordinateur
  • RĂ©aliser le montage audio

Pour résumer, pour cette configuration, il faut :

  • Un tĂ©lĂ©phone avec une capacitĂ© de mĂ©moire suffisante
  • Un ou deux micro-jack
  • Un casque

Prix : €

4. Je suis un podcasteur trÚs régulier avec plusieurs intervenants à distance ou en studio et je souhaite investir dans un mini studio « Fixe ».

J’ai besoin a minima :

  • D’une console 4 entrĂ©es
  • De 4 micros et ses cĂąbles compatibles
  • De 4 casques
  • D’un ordinateur
  • D’un logiciel d’enregistrement mais le MUST HAVE, c’est le studio de production en cloud de Saooti (cf. les formules)

Bien entendu, qui peut le plus peut le moins. Si vous pensez avoir besoin de temps en temps de plus d’entrĂ©es, optez d’emblĂ©e pour une console 12 pistes.

Pour résumer, pour cette configuration, il faut avoir :

Une console USB (type Mackie ProFx8v2)

Des micros (Shure SM58 ou SM48)

enregistrer-un-podcast-Shure SM58 ou SM48

Des pieds de micros

enregistrer-un-podcast-pied micro

Des XLR MĂąles/Femelles

enregistrer-un-podcast-XLR MĂąles_Femelles

Un ampli casque (sauf pour Rodecaster)

enregistrer-un-podcast-ampli casque

Des casques

enregistrer-un-podcast-casque

Un Jack LR pour relier l’ampli casque à la console

enregistrer-un-podcast-Jack LR

Un ordinateur avec un logiciel d’enregistrement installĂ© (Audacity) ou une connexion internet pour accĂ©der au studio virtuel de production de la plateforme. Celui-ci vous permettra, par exemple, de pouvoir avoir des intervenants Ă  distance (duplex, multiplex, insert tĂ©lĂ©phonique
)

Prix : €€€

enregistrer un podcast-coup de coeur

Le coup de cƓur de SAOOTI : Le tout en un du podcast par Rodecaster.

Le Rodecaster Pro, conçu pour les podcasts, a un ampli casque intĂ©grĂ©, un traitement de son intĂ©grĂ© qui autorise un rĂ©glage pour chaque micro, un cartouchier communiquant avec un logiciel dĂ©diĂ© et un insert tĂ©lĂ©phonique. Le Rodecaster Pro permet d’enregistrer directement sur carte SD sans passer par un ordinateur. Il ne peut accueillir en revanche que jusqu’à 4 micros.

Prix : €€€

enregistrer-un-podcast-Rodecaster

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Si l’audio digital a aujourd’hui le vent en poupe, cela n’Ă©tait pas forcĂ©ment le cas il y a quelques annĂ©es.
Ainsi nous demandait-on souvent pourquoi Saooti faisait de l’audio et non pas de la vidĂ©o.

Il existait alors un préjugé tenace qui perdure encore, associant à chaque média : écrit, audio et vidéo un ùge du web.
Ainsi, aux ùges farouches de la préhistoire du web, dont seuls quelques anciens chenus à la voix chevrotante se souviennent encore, apparut HTML, puis les blogs.
Ce fut ensuite l’avĂšnement de l’audio, avec Skype le hĂ©raut pourfendeur des compagnies tĂ©lĂ©phoniques, dragons de ces Ăąges hĂ©roĂŻques.
Enfin apparut la vidéo, avec Youtube, puis la vidéo en direct avec Youtube livestreaming, periscope et facebook live video comme derniers avatars.

DĂ©sormais donc, depuis que la technologie et les rĂ©seaux permettaient de faire de la vidĂ©o de bonne qualitĂ©, la vidĂ©o serait le mĂ©dia ultime – appelĂ© seulement a Ă©voluer vers plus de qualitĂ© ou de la 3D – les autres modes de communication – Ă©crit et audio – n’Ă©tant que des ersatz bon marchĂ© ou des reliquats d’un autre Ăąge.

Il n’en est rien.

Chacun de ces mĂ©dias a ses propres vertus, et l’avenir n’est pas Ă  l’hĂ©gĂ©monie d’un mĂ©dia unique, mais Ă  l’utilisation judicieuse de chacun de ces mĂ©dias lĂ  oĂč il est le plus pertinent.

Pour commencer, faisons donc

Une petite histoire subjective des médias.

Nous allons survoler dans ce chapitre 3 chronologies :

  • Celle des diffĂ©rentes techniques d’enregistrement, de reproduction et de diffusion des mĂ©dias
  • Celle des diffĂ©rents mĂ©dias sur le web
  • Et celle des modes de communication sous-jacents

Les techniques d’enregistrement, de reproduction et de diffusion des mĂ©dias

L’Ă©criture.

Pas de question, Ă©videmment, en ce qui concerne les techniques d’enregistrement de l’Ă©criture, puisqu’il s’agit en soi d’une technique d’enregistrement du langage oral.

La reproduction en masse de l’Ă©criture est pour sa part liĂ©e Ă  l’imprimerie, inventĂ©e en Europe par Gutemberg en 1451, et existant en Chine depuis le XIĂšme siĂšcle.

Quant à sa diffusion, signalons simplement 2 dates : le télégraphe optique Chappe en 1794, et surtout le télégraphe de Samuel Morse en 1840.

L’image

La reproduction de l’image est concomitante de l’imprimerie. Un bĂ©mol nĂ©anmoins : il faut graver spĂ©cifiquement les plaques d’illustrations des ouvrages. Les reproductions doivent donc ĂȘtre faites par un artiste.

La reproduction fidĂšle de la rĂ©alitĂ© va ĂȘtre permise tout d’abord par NicĂ©phore NiĂ©pce en 1825, puis surtout par Talbot qui invente en 1840 le procĂ©dĂ© de nĂ©gatif qui permet la reproduction des images en multiples exemplaires. L’intĂ©gration des photos Ă  l’imprimerie se fera progressivement par diffĂ©rentes techniques. Sans rentrer dans les dĂ©tails, on peut Ă©voquer l’hĂ©liogravure, qui permet de transfĂ©rer une image sur une plaque mĂ©tallique par insolation. Ces techniques vont se perfectionner Ă  la fin du XIXĂšme siĂšcle.

Enfin, la diffusion Ă  distance d’une photo – la « tĂ©lĂ©photographie » – est mise au point au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, avec en particulier l’invention du bĂ©linographe en 1913, permettant de transmettre par tĂ©lĂ©phone une photo avec demi-teintes et dĂ©gradĂ©s.

L’audio

Le phonographe, permettant d’enregistrer et de rejouer un son est inventĂ© par Thomas Edison en 1877.

Emile Berliner améliore cette invention avec le gramophone (1889) qui permet en outre la reproduction en masse des enregistrements.

Le téléphone, pour sa part, est inventé par Graham Bell en 1876.

La vidéo

Le premier film des frĂšres LumiĂšre « Sortie de l’usine LumiĂšre Ă  Lyon » est diffusĂ© en 1895.

S’appuyant largement sur les techniques photographiques, le cinĂ©ma bĂ©nĂ©ficie d’emblĂ©e de moyens de reproduction. L’invention de la « piste optique », permettant d’enregistrer le son de façon synchrone avec l’image va ouvrir la porte au cinĂ©ma parlant. Le premier film parlant, « le chanteur de jazz », est rĂ©alisĂ© en 1927.

Enfin, la premiÚre démonstration de télévision est faite en 1926 par John Baird.

Comme on le voit la chronologie des techniques de reproduction et de diffusion des médias

  • l’Ă©criture – il y a 2000 ans en Europe –
  • la photo au milieu de 19Ăšme siĂšcle
  • la radio au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle
  • et la tĂ©lĂ©vision dans la seconde moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle

est conforme Ă  l’ordre instinctif que l’on Ă©voquait au dĂ©but de cet article : d’abord l’Ă©criture, puis l’image, l’audio et enfin la vidĂ©o.
C’est cette chronologie qui induit la hiĂ©rarchie que nous appliquons inconsciemment aux mĂ©dias.

Comme nous allons le voir par la suite, cette chronologie ne s’applique ni sur le web, ni et surtout aux modes de communications sous-jacents.

Les médias sur le web

PlutĂŽt que de faire une chronologie prĂ©cise et exhaustive de l’utilisation ou de la mise en avant des mĂ©dias sur le net, il me semble plus intĂ©ressant de regarder la date d’apparition de certaines entreprises ou technologies emblĂ©matiques du web 2.0 :

Blogs : fin des années 1990. Blogger : 1999. Tumblr 2007.

Picasa : 2002. Flickr : 2004. Instagram, Pinterest 2010

Napster, Icecast : 1999. Skype 2003. Spotify 2006. Soundcloud : 2007. Radionomy 2008. Saooti 2009

Youtube : 2005, Vine 2013, Periscope 2015, Facebook live 2016

Comme on le voit, les innovations d’usage ou techniques s’appliquent indiffĂ©remment aux diffĂ©rents mĂ©dias. Il y a eu des innovations rĂ©centes, y compris pour le blogging.

Les frontiĂšres entre ces diffĂ©rents mĂ©dias tendent d’ailleurs Ă  s’estomper : un blog est aujourd’hui bien plus que du texte et quelques images. Youtube est aujourd’hui la premiĂšre plateforme musicale du monde avec de trĂšs nombreux contenus qui sont en fait de fausses vidĂ©os : un vrai contenu audio plaquĂ© sur une image de fond ou un carrousel de photos.

L’audio a quant Ă  lui connu une popularitĂ© trĂšs prĂ©coce (on pense en particulier au phĂ©nomĂšne Napster en 1999) mais pour des usages qui Ă©taient en rĂ©alitĂ© du partage ou de l’Ă©coute – plus ou moins lĂ©gale – de musique en ligne. Vint ensuite l’avĂšnement de la voix sur IP, avec en particulier Skype. Les vĂ©ritables plateformes 2.0 de CGU (Contenus GĂ©nĂ©rĂ©s par les Utilisateurs) audio ne sont apparues que tardivement, Ă  partir de 2007, soit aprĂšs les premiĂšres plateformes 2.0 de vidĂ©o.

Les modes de communication

Il est amusant de constater que la hiĂ©rarchisation instinctive des mĂ©dias est strictement l’inverse de ce que fut l’Ă©volution du langage. Dans un premier temps en effet, il y eut le mime (agrĂ©mentĂ© de cris), puis la parole et le langage, enfin, l’Ă©criture ; en synthĂšse si la mĂȘme chronologie s’Ă©tait appliquĂ©e aux mĂ©dias correspondants, nous aurions eu d’abord la vidĂ©o, puis l’audio puis l’Ă©crit.

Selon cette chronologie, donc, le moyen de communication le plus Ă©voluĂ© serait l’Ă©crit et le plus primitif la vidĂ©o avec l’audio en position intermĂ©diaire.
C’est absurde, n’est-ce pas ?
Bien sĂ»r, mais pas plus en fait que d’Ă©tablir une hiĂ©rarchie inverse.

Du langage

C’est Ă  homo habilis que nous devrions l’invention du langage articulĂ©, il y a plus de 2 millions d’annĂ©es.

Comme son nom l’indique, homo habilis Ă©tait un gars plutĂŽt dĂ©gourdi puisque c’est Ă©galement lui qui a inventĂ© les premiers outils en pierre taillĂ©e. On lui doit donc deux des plus remarquables traits de l’humanitĂ© : le langage et la technologie. Il mĂ©rite bien vos plus chaleureux applaudissements…

On prĂ©sume que le langage est une Ă©volution de la gestuelle, ce n’est pas une hypothĂšse gratuite : elle s’appuie sur des Ă©tudes des zones cĂ©rĂ©brales impliquĂ©es dans la gestuelle et le langage ; et pourtant, point remarquable : les langages humains sont presque tous oraux. D’oĂč, d’ailleurs, l’Ă©tymologie du mot « langage ».

Il existe certes des langues gestuelles : les langues des signes pour sourds, quelques langues gestuelles traditionnelles dont la plus cĂ©lĂšbre, grĂące aux westerns, est la langue des signes des indiens des plaines en AmĂ©rique du Nord et enfin quelques systĂšmes restreints de communication silencieux spĂ©cifiques : « langues » de chasse, de guerre etc. qui ne peuvent prĂ©tendre au statut de langue car au champs d’application bien trop restreint. Les langues gestuelles des sourds sont des langues complĂštes, mais il s’agit de crĂ©ations relativement rĂ©centes, les premiĂšres formalisations des langues par signes pour sourds datant en gros du XVIIĂšme siĂšcle (une Ă©vocation en est faite dans le film « Ridicule » de Patrice Leconte). Les langues gestuelles traditionnelles, des indiens d’AmĂ©rique, des aborigĂšnes ou des bochimans par exemple, sont quant Ă  elle des langues auxiliaires qui viennent en complĂ©ment, et non en remplacement de langues orales. La langue des signes des indiens des plaines avait ainsi 2 rĂŽles : accompagner la voix dans les rituels, et, particularitĂ© tout Ă  fait unique, elle servait d’esperanto pour la communication entre des tribus de groupes de langues parfois radicalement diffĂ©rents. Elle ne pouvait nĂ©anmoins prĂ©tendre Ă  la richesse d’une vraie langue : inutile d’essayer de traduire la « critique de la raison pure » en langue des signes des indiens des plaines.

Pourquoi donc, si elles sont une Ă©volution de la gestuelle, les langues sont-elles devenues orales ? A priori, parce qu’une langue orale prĂ©sente des avantages significatifs sur une langue gestuelle. Premier avantage : elle fonctionne de jour comme de nuit, et ça, c’est super important pour homo habilis qui va devoir encore patienter plus d’un million et demi d’annĂ©es avant la domestication du feu et l’Ă©clairage de nuit. De mĂȘme, une langue orale fonctionne Ă  bonne distance dans tous les milieux : forĂȘt dense, hautes herbes, grottes… Enfin, elle n’accapare pas un sens qui est essentiel pour l’homme : la vue, et lui laisse Ă©galement les mains libres. Ainsi, les groupes humains, quand ils sont Ă  la guerre par exemple, peuvent se coordonner sans dĂ©poser leurs armes ni perdre de vue l’ennemi. Et c’est bien lĂ  une des caractĂ©ristiques essentielles de la langue orale : elle utilise sans l’accaparer un sens relativement secondaire, l’ouĂŻe, ne sollicite ni la vue ni les mains et a ses circuits cĂ©rĂ©braux dĂ©diĂ©s de façon Ă  vous permettre de communiquer tout en conservant l’essentiel de vos ressources et capacitĂ©s pour une autre activitĂ©.

Par ailleurs, le langage est caractĂ©ristique de l’homme. Il est le fruit de sa pensĂ©e, mais rĂ©ciproquement, la pensĂ©e humaine est largement le fruit du langage. En rĂ©alitĂ©, pensĂ©e et langage sont si Ă©troitement imbriquĂ©s qu’ils sont indissociables.

La langue est l’interface de communication incontournable pour exprimer ou alimenter la pensĂ©e. Elle permet de dĂ©crire des situations concrĂštes tout autant que des concepts abstraits, avec pour seule vraie limite le fait que certaines expĂ©riences, certains concepts, ne peuvent ĂȘtre compris par un auditeur que si son expĂ©rience personnelle le lui permet : c’est ce qu’on appelle l’indicible. C’est ainsi par exemple qu’il est difficile, sinon impossible, de faire comprendre ce qu’est la vue Ă  un non-voyant de naissance. Hormis ces rares cas, lorsqu’on a du mal Ă  exprimer sa pensĂ©e, c’est soit que la pensĂ©e en question est confuse, soit que l’on maĂźtrise mal le langage. Cela relĂšve rarement des limites intrinsĂšques de la langue. La langue est d’ailleurs un outil flexible, qui s’enrichit de nouveaux mots et de nouveaux sens lorsque le besoin d’exprimer de nouveaux concept se fait sentir.

La gestuelle originelle, quant Ă  elle, perdure et accompagne le langage verbal ; mais l’appellation de « langage corporel » qu’on lui donne parfois est largement abusive. La gestuelle est plus ou moins importante selon les cas, mais elle est aussi plus ou moins consciente et pas toujours contrĂŽlable.
À ce titre, elle n’est pas un langage : un langage doit permettre Ă  un locuteur d’exprimer des concepts complexe, y compris des concepts abstrait. La gestuelle, lorsqu’elle est consciente, appuie le propos, et lorsqu’elle est inconsciente, rĂ©vĂšle l’Ă©tat Ă©motionnel du locuteur.

Dans son livre « Sapiens », Yuval Noah Harari dĂ©fend de maniĂšre trĂšs convaincante la thĂšse que l’essor de l’humanitĂ© est liĂ© Ă  une « rĂ©volution cognitive ». Cette rĂ©volution cognitive est la capacitĂ© du langage Ă  vĂ©hiculer des concepts abstraits, des mythes, des valeurs.
Un grand nombre d’espĂšces sont dotĂ©es d’un mode de communication permettant aux autres membres de l’espĂšce ou de la colonie de connaĂźtre les dispositions de chaque individu : est-il amical, menaçant, disposĂ© Ă  s’accoupler ? C’est lĂ  typiquement le rĂŽle du langage non verbal.
Un certain nombres d’espĂšces disposent d’un langage restreint, aux objectifs trĂšs concrets : danse des abeilles pour indiquer l’emplacement d’un gisement de pollen, sifflement des marmottes pour avertir d’un danger, cris de certains singes pour avertir non seulement la colonie d’un danger, mais prĂ©ciser la nature de celui-ci : s’agit-il d’un oiseau de proie ou d’un prĂ©dateur au sol ?
Mais seul Sapiens est dotĂ© d’un langage permettant de vĂ©hiculer des concepts abstraits et en particulier des mythes, des religions, des valeurs. Or c’est cette capacitĂ© qui permet de faire coopĂ©rer un trĂšs grand nombre d’individus, de clans diffĂ©rents, ne se connaissant parfois mĂȘme pas, en Ɠuvrant Ă  un but commun. D’aprĂšs Harari, cette capacitĂ© serait d’ailleurs spĂ©cifique Ă  Sapiens Sapiens : ce bon vieux NĂ©andertal en aurait Ă©tĂ© dĂ©pourvu et c’est une des explications de sa dĂ©faite dans la compĂ©tition qui l’a confrontĂ© Ă  nos ancĂȘtres.
Ce qui est intĂ©ressant, entre autres, dans cette thĂ©orie, c’est que la « rĂ©volution cognitive » relĂšve exclusivement du langage, pas du « langage corporel ».

La « communication non verbale » a ainsi un rĂŽle tout Ă  fait essentiel pour l’expression des Ă©motions et de l’empathie, mais elle est beaucoup moins importante, voire peut parasiter d’autres types de communication. Nous y reviendrons.

De l’image

L’ambition de ce chapitre n’est pas de faire un abrĂ©gĂ© d’histoire de l’art pictural mais simplement de refixer quelques grandes dates et quelques rĂ©flexions sur l’image.

Les plus anciennes peintures rupestres datent d’environ 40000 ans. Il s’agit de simples points de couleurs (site d’El Castillo en Espagne) et de mains au pochoir (Ăźle de Sulawesi, IndonĂ©sie). La grotte Chauvet, qui date de 35000 ans environ, nous livre quant Ă  elle des reprĂ©sentations animales qui sont dĂ©jĂ  stupĂ©fiantes de maĂźtrise :

Il est intĂ©ressant de noter que si l’Ă©criture a d’abord Ă©tĂ© dictĂ©e par des besoins utilitaires (les premiers Ă©crits sont souvent des livres de comptes), la reprĂ©sentation picturale semble, quant Ă  elle, avoir Ă©tĂ© de prime abord le fruit d’une dĂ©marche artistique.

Jusqu’Ă  l’avĂšnement de la photographie, ce sont des artistes (dessinateurs, peintres ou graveur) qui auront la charge de faire la reprĂ©sentation de la rĂ©alitĂ©. Dans cette recherche de la ressemblance et de l’exactitude, les techniques ne vont cesser de s’amĂ©liorer, en particulier Ă  la renaissance avec la formalisation des rĂšgles de perspectives et des Ă©tudes thĂ©oriques sur les proportions, pour culminer au dĂ©but du XIXĂšme siĂšcle avec des portraitistes comme Claude-Marie Dubufe dont la prĂ©cision photographique des portraits est tout Ă  fait impressionnante. NĂ©anmoins, rĂ©alisme, flatterie, partit-pris artistique et imagination participent Ă  des degrĂ©s divers de ces reprĂ©sentations, et le rĂ©alisme de ces derniĂšre peut ĂȘtre sujet Ă  caution. L’arrivĂ©e de la photographie au milieu du XIXĂšme siĂšcle bouleverse cela et amĂšne progressivement les artistes Ă  se dĂ©sintĂ©resser du rĂ©alisme strict, Ă  l’exception de quelques-uns comme Ron Mueck qui rĂ©alise au contraire des sculptures hyper-rĂ©alistes.

À partir du milieu du XIXĂšme siĂšcle, donc, la reprĂ©sentation fidĂšle de la rĂ©alitĂ© est confiĂ©e Ă  la photographie.

La photo semble d’une objectivitĂ© implacable, mais il n’en est rien. Si elle reprĂ©sente la rĂ©alitĂ© (en admettant qu’elle ne soit pas truquĂ©e) elle peut ĂȘtre retouchĂ©e, posĂ©e, composĂ©e, le choix du cadrage peut en changer complĂštement la portĂ©e, elle ne reprĂ©sente qu’un instant sans en prĂ©senter le contexte (de nombreuses fake news sur internet sont ainsi construites en utilisant de vraies photos, mais avec des lĂ©gendes mensongĂšres)… Sans compter que le seul choix du sujet peut ĂȘtre un parti-pris.

Nous reviendrons un peu plus tard sur l’objectivitĂ© d’une photographie d’actualitĂ©.

Enfin ajoutons que l’image aujourd’hui fait dĂ©sormais la part belle Ă  l’infographie pour tout ce qui est des schĂ©mas explicatifs.

De l’Ă©criture

Il y a quatre berceaux indĂ©pendants d’invention de l’Ă©criture, avec par ordre d’apparition : la MĂ©sopotamie (-3300), l’Égypte (-3200), la Chine (-2000) et les mayas (-300).

Il est Ă©vident pour nous autres occidentaux que la langue Ă©crite est une transcription de la langue orale, puisque que notre Ă©criture est constituĂ©e de phonĂšmes : les caractĂšres reprĂ©sentent les sons de la langue orale. Cela n’a pourtant rien d’obligatoire : ainsi, les caractĂšres chinois, qui sont des logogrammes – un caractĂšre reprĂ©sente un mot, un concept – sont Ă©galement utilisĂ©s en japonais et en corĂ©en, deux langues pourtant complĂštement diffĂ©rentes. Un japonais peut donc en thĂ©orie lire un texte chinois sans savoir le parler, alors qu’il est impossible de comprendre un texte anglais sans connaĂźtre l’anglais. De la mĂȘme façon, des langues trĂšs diffĂ©rentes ont utilisĂ© les mĂȘmes logogrammes cunĂ©iformes (pour la petite histoire, l’Ă©criture cunĂ©iforme, les hiĂ©roglyphes Ă©gyptiens et les glyphes mayas utilisent des phonĂšmes ET des logogrammes).

Quoi qu’il en soit, qu’elle soit une transcription stricte d’une langue orale par le biais d’un alphabet, ou indirecte via des logogrammes qui portent un sens, mais ne dĂ©finissent pas leur propre prononciation, une Ă©criture est bien toujours l’enregistrement d’une langue orale : elle est faite pour ĂȘtre lue.

Pour autant, l’écriture n’est pas simplement la stricte retranscription de l’oral : l’oral et l’écrit ont chacun leurs propres forces.

Ainsi, l’écriture est simplificatrice. Elle n’affiche pas toujours les nuances de prononciations (c’est particuliĂšrement le cas en français oĂč bien des mots ne s’écrivent pas comme ils se prononcent), les accents toniques, mais surtout, elle est bien pauvre en moyens de transcrire les nuances d’intonation, de vitesse de diction, de force. Les quelques signes de ponctuation dont elle dispose (, ; : ! ?. -) n’y suffisent pas.
Cette lacune est d’ailleurs mise en lumiĂšre par les stratagĂšmes qui ont dĂ» ĂȘtre inventĂ©s pour la combler. Ainsi, les fontes et lettrages utilisĂ©s en bande dessinĂ©e :

Et plus récemment, les smileys, les emojis.

MalgrĂ© ces expĂ©dients, celui qui lit un texte Ă©crit Ă  voix haute un texte a toujours une part importante de crĂ©ation personnelle en ce qui concerne la diction : il n’y a qu’une seule tirade des nez dans Cyrano de Bergerac, mais on peut en faire une infinitĂ© d’interprĂ©tations.
L’écriture peine donc Ă  transcrire de maniĂšre prĂ©cise et synthĂ©tique les nuances de la diction, et par lĂ  mĂȘme peine Ă  transmettre l’émotion de façon directe. Or l’émotion, outre sa valeur intrinsĂšque, a deux pouvoirs particuliers :
‱ Elle permet, par l’empathie, de rĂ©duire la distance entre le narrateur et l’auditeur.
‱ Elle est la trempe, le fixateur qui permet de marquer durablement les mĂ©moires : ainsi, je ne me rappelle plus quelles musiques j’ai entendues Ă  la radio hier, mais je me souviens parfaitement de la musique sur laquelle j’ai dansĂ© pour la premiĂšre fois avec ma femme il y a plus de 20 ans.

Sur d’autres aspects, l’écriture prĂ©sente bien des avantages ; nous y reviendrons dans le prochain chapitre.

Des forces et limites respectives des médias

Ce chapitre découle pour une bonne partie des réflexions que nous avons pu mener dans le chapitre précédent.

Un mot sur l’image

L’image est un mot-valise qui recouvre en fait des choses radicalement diffĂ©rentes, voire opposĂ©es, tant dans les procĂ©dĂ©s de rĂ©alisation que dans leurs impacts. Visitons briĂšvement les 2 extrĂȘmes du spectre.

La photo, quintessence de l’Ă©motion

Qu’est ce qui rend une photo marquante ? Ni sa justesse, ni sa beautĂ©, mais son impact Ă©motionnel.

Dans ce registre, voici peut-ĂȘtre les 2 photos les plus emblĂ©matiques de la guerre du Vietnam :

Toutes deux ont puissamment contribuĂ© Ă  l’image de « sale guerre » du conflit auprĂšs de l’opinion publique tant mondiale qu’amĂ©ricaine et in fine au dĂ©sengagement des États-Unis.

ArrĂȘtons-nous plus un peu sur la premiĂšre de ces deux photos. Elle est particuliĂšrement intĂ©ressante Ă  2 titres :

  • Primo, presque tout le monde ou connaĂźt cette photo, mais peu de gens savent que cette scĂšne a Ă©tĂ© Ă©galement filmĂ©e. Comment expliquer que le film n’ait pas acquis le statut iconique de la photo ?
    • Une premiĂšre raison est la simplicitĂ© de diffusion et de reproduction d’une photo par rapport Ă  celle d’une vidĂ©o, du moins Ă  l’Ă©poque. Cette photo a Ă©tĂ© reproduite dans de trĂšs nombreux journaux et livres. La vidĂ©o pour sa part, a fait le tour du monde, mais uniquement Ă  la tĂ©lĂ©vision.
    • L’autre raison, bien plus intĂ©ressante car toujours d’actualitĂ© Ă  l’heure d’internet, est que la photo a capturĂ© l’instant dĂ©cisif. La vidĂ©o dilue l’impact Ă©motionnel dans la durĂ©e, lĂ  oĂč la photo le dĂ©livre tout entier dans l’instant.
      Il me semble Ă©galement que la mĂ©moire est plus photographique que cinĂ©matographique : une image forte s’imprime dans notre mĂ©moire plus vite et plus durablement qu’une sĂ©quence filmĂ©e, qui elle mĂȘme est de toute façon mĂ©morisĂ©e sous forme d’images-clĂ©s.
  • Secundo, Eddie Adams, le photographe qui a pris ce clichĂ© a lui mĂȘme publiquement regrettĂ© que sa photo aie caricaturĂ© l’Ă©vĂ©nement. Il dĂ©clara ainsi : « Les images fixes sont l’arme la plus puissante du monde. Les gens les croient, mais les photos mentent, mĂȘme sans manipulation. Elles ne sont que des demi-vĂ©ritĂ©s. Ce que la photo ne disait pas, c’est : qu’est-ce que vous auriez fait si vous aviez Ă©tĂ© le gĂ©nĂ©ral au mĂȘme endroit et au mĂȘme moment, lors de cette chaude journĂ©e, et que vous aviez attrapĂ© ce sale type aprĂšs qu’il a tuĂ© un, deux ou trois soldats amĂ©ricains ? » . Il devint par la suite ami du gĂ©nĂ©ral Nguyen Ngoc Loan, l’exĂ©cuteur de la photo.

À vrai dire, le fait que cette photo ait eu un tel impact, et qu’elle ait – injustement ou non – diabolisĂ© tant le gĂ©nĂ©ral Nguyen Ngoc Loan que les forces amĂ©ricaines et du sud Vietnam sont en fait les 2 faces d’une mĂȘme mĂ©daille : c’est l’Ă©motion qu’elle suscite qui a dĂ©terminĂ© l’impact de cette photo, mais l’Ă©motion peut aussi submerger l’objectivitĂ©, la complexitĂ©, la nuance.

Pour plus d’information sur cette photo, je vous recommande la lecture de cet article de l’OBS.

Le schéma, support de conceptualisation

Le schĂ©ma peut jouer sur des ressorts strictement contraires Ă  ceux des photos ci-dessus : ils permettent de concrĂ©tiser et d’expliquer des thĂ©ories complexes et sont un support prĂ©cieux Ă  la rĂ©flexion. De tel schĂ©mas peuvent connaĂźtre un succĂšs considĂ©rable, marquer les esprits et assurer le succĂšs de la thĂ©orie qu’ils illustrent. Pour autant, leur abstraction les vident bien souvent de toute charge Ă©motionnelle.

Notons Ă©galement l’importance de l’Ă©criture dans ces schĂ©mas. Le schĂ©ma est un mĂ©dia hybride, mĂȘlant Ă©criture et image.

Le mélange des genres

L’image ne se rĂ©duit donc pas Ă  un style, un objectif. Une image peut ĂȘtre porteuse de sens, inciter Ă  la rĂ©flexion, Ă©mouvoir, faire rire. Elle peut ĂȘtre photo, dessin, schĂ©ma.

Mais l’image n’est pas un mĂ©dia complet : elle a besoin d’ĂȘtre complĂ©tĂ©e par l’Ă©criture : dans un schĂ©ma, par une lĂ©gende, voire s’y mĂȘler plus Ă©troitement encore comme dans la bande dessinĂ©e, ou par l’oral (diapos de prĂ©sentation).
L’image fixe est un mĂ©dia trĂšs puissant, mais c’est un mĂ©dia d’appoint qui ne peut se suffire Ă  lui mĂȘme. Il peut en revanche renforcer voir dĂ©cupler l’impact de n’importe quel autre moyen de communication.

Irremplaçable écriture

Les limites de l’Ă©criture

Nous avons d’ores et dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© les limites de l’Ă©criture, pour la transmissions des Ă©motions.

Si je croise ainsi dans la rue une femme qui pleure, je suis Ă©mu, mĂȘme si je ne connais ni cette femme, ni les raisons de son chagrin.

Si j’Ă©cris « Une femme pleurait dans la rue », le lecteur aura l’information factuelle, mais il ne ressentira guĂšre d’Ă©motion. Pour transmettre cette Ă©motion, il me faudra :

  • soit expliquer les raisons du chagrin de cette femme Ă  mon lecteur,
  • soit expliquer Ă  mon lecteur la pitiĂ© que m’a inspirĂ© ce chagrin,
  • soit dĂ©crire en dĂ©tail les effets de ce chagrin.

Dans tous les cas, il me faudra un talent certain et la complicitĂ© active de mon lecteur pour lui faire ressentir ne serait-ce qu’une petite partie de l’Ă©motion que j’ai ressentie, alors que l’Ă©motion se serait imposĂ©e d’elle-mĂȘme s’il avait vu cette femme comme moi.

Mais quelles en sont les forces ?

Tout d’abord, le lecteur est en partie affranchi des contraintes de temps et de la linĂ©aritĂ© de la parole. La lecture mentale vous permet en gĂ©nĂ©ral d’aller un peu plus vite que la diction, mais si une phrase vous pose des problĂšmes de comprĂ©hension, vous pouvez y revenir autant que vous le voulez pour la relire plus lentement. Vous ĂȘtes au contraire sur une partie de texte qui ne vous passionne pas ou que vous maĂźtrisez dĂ©jĂ  ? Une petite lecture en diagonale vous permettra d’arriver plus rapidement aux parties qui vous intĂ©ressent sans risque de rater une information importante.

De plus, l’écriture s’est dotĂ©e de tout un systĂšme annexe de structuration, de classement et d’accĂšs Ă  son contenu : titres, chapitres, plans, tables, rĂ©fĂ©rences
 systĂšme dont la puissance s’est considĂ©rablement accrue encore sur le web avec les liens et le rĂ©fĂ©rencement. Ainsi l’écrit, a fortiori sur le web, permet au lecteur d’accĂ©der directement aux informations qui l’intĂ©ressent.
Ce systĂšme de classement annexe n’est nĂ©anmoins pas intrinsĂšquement limitĂ© Ă  l’écrit, et c’est un des enjeux du web sĂ©mantique en gĂ©nĂ©ral, et de Saooti en particulier en ce qui concerne l’audio, que de chapitrer et d’outiller pareillement l’accĂšs aux contenus autres que l’écrit, Ă  savoir l’audio, la vidĂ©o et les images.

Autre point, que nous retrouverons Ă©galement pour l’audio : l’Ă©crit n’a pas d’autre limite que celles de l’imagination. Il n’y a pas de limite de budget pour les effets spĂ©ciaux !

Puissance et servitudes de la vidéo

Depuis l’ajout du son Ă  l’image animĂ©e, soit depuis la fin des annĂ©es 20, la vidĂ©o est en rĂ©alitĂ© un mĂ©dia bimodal : image + son. On pourrait donc penser que la vidĂ©o est forcĂ©ment mieux que l’audio seul.
En rĂ©alitĂ©, il existe de nombreux cas oĂč l’audio peut ĂȘtre prĂ©fĂ©rable Ă  la vidĂ©o.

La question Ă  se poser est : qu’est ce que l’image apporte de plus Ă  l’audio ?

Parfois, la rĂ©ponse est pas grand-chose, voire rien du tout. C’est typiquement le cas en radio filmĂ©e pour certains chroniqueurs qui lisent leur billet trĂšs scolairement ; si je connais dĂ©jĂ  la tĂȘte du chroniqueur, la vidĂ©o ne m’apporte rien.

Parfois, c’est encore pire : l’image dessert carrĂ©ment propos. Un exemple assez cĂ©lĂšbre est Édouard Balladur dĂ©clarant son enthousiasme aprĂšs avoir Ă©tĂ© nommĂ© premier ministre : sa physionomie montrait qu’il Ă©tait tout sauf enthousiaste (mais soyons juste : son ton ne transpirait pas non plus l’allĂ©gresse : dans ce cas prĂ©cis, la radio n’eĂ»t pas Ă©tĂ© beaucoup plus convaincante que la tĂ©lĂ©).
On peut se dire que dans ce cas, du point de vue du tĂ©lĂ©spectateur, l’image a bien un apport bĂ©nĂ©fique puisqu’elle rĂ©vĂšle ce qui semble bien ĂȘtre une hypocrisie ; mais ce n’est pas forcĂ©ment le cas : bien des personnes sont intimidĂ©es par la camĂ©ra et auront le plus grand mal Ă  avoir un comportement naturel quelle que soit leur sincĂ©ritĂ©. MĂȘme des personnes rompues a l’exercice risquent de manquer de naturel, car trop prĂ©occupĂ©es de l’image qu’elles donnent.

ConsidĂ©rons maintenant le cas oĂč image et son sont redondants.
Pour illustrer ce propos, je vais faire un pas de cĂŽtĂ© et prendre un exemple du cĂŽtĂ© de la BD. La comparaison entre BD et vidĂ©o a bien sĂ»r ses limites, mais elle est souvent pertinente. LĂ  ou la vidĂ©o cumule son et image animĂ©e, la BD cumule Ă©crit et images successives. De fait, beaucoup de procĂ©dĂ©s cinĂ©matographiques (cadrages, transitions, plans, fondus-enchaĂźnĂ©s, voix off…) sont utilisĂ©s en BD.
Voici une planche de « La marque Jaune » une aventure de Blake et Mortimer signée E P Jabobs.

Une des marques de fabrique de Jacobs est l’usage massif qu’il fait des phylactĂšres explicatifs (l’Ă©quivalent des didascalies – dans la planche ci-dessus, il s’agit des phylactĂšres rectangulaires sur fond rose). Dans cette planche, il y en a un par case et c’est le cas sur presque toutes les planches de la marque jaune.
Or ces phylactĂšres ne font que redire ce que l’image montre dĂ©jĂ  ; ils chargent les images et ralentissent la lecture. La BD moderne fait une chasse impitoyable Ă  ce type de bulles : les images doivent ĂȘtre suffisamment claires pour ne pas nĂ©cessiter d’explication supplĂ©mentaire.

En vidĂ©o, pour une sĂ©quence donnĂ©e, un des 2 modes de communication va en gĂ©nĂ©ral prendre le dessus sur l’autre.
Ainsi, si c’est la voix qui dĂ©livre l’information principale, l’image vient en illustrer le propos ; si c’est l’image qui est primordiale, la voix vient l’expliquer ou la complĂ©ter.
Cela dit, si on trouve rarement en vidĂ©o d’exemple de redondance aussi caractĂ©ristique que sur dans cette planche de BD, il est courant d’avoir des sĂ©quences oĂč image et son apportent quasiment la mĂȘme information sans rĂ©ellement s’enrichir mutuellement.
Cela peut sembler un pĂ©cher vĂ©niel : aprĂšs tout, d’ailleurs, la marque jaune est considĂ©rĂ©e Ă  juste titre comme un chef d’Ɠuvre du 9Ăšme art.
NĂ©anmoins il s’agit bel et bien d’une violation du principe qui veut que :

Si l’image n’apporte rien, il est prĂ©fĂ©rable de s’en passer.

Pour des raisons techniques et financiĂšres tout d’abord :

  • La vidĂ©o est beaucoup plus coĂ»teuse Ă  produire que l’audio : coĂ»t du matĂ©riel, de la rĂ©alisation et du montage, nĂ©cessitĂ© d’avoir plusieurs prises de vues pour Ă©viter une image trop statique etc…
  • La vidĂ©o est exigeante Ă©galement pour la diffusion : dĂ©bit et qualitĂ© de connexion rĂ©seau, risque de saturer le rĂ©seau d’entreprise, il faut Ă©galement avoir un terminal suffisamment puissant pour ne pas « ramer » sur le dĂ©codage de grosses vidĂ©os
  • Et ce d’autant plus que les exigences en matiĂšre de qualitĂ© vidĂ©o sont de plus en plus Ă©levĂ©es

Et puis également pour les raisons évoquées précédemment :

  • La vidĂ©o peut ĂȘtre intimidante
  • La prĂ©occupation de contrĂŽler son image peut rendre son propos moins naturel et spontanĂ©

Il demeure toute une palette d’usages oĂč la vidĂ©o est inĂ©galable et ou audio et image s’enrichissent mutuellement. Mais dans ce cas, elle est un mĂ©dia accaparant : l’attention des spectateurs va ĂȘtre totalement captĂ©e. Si on est dans un cadre professionnel, oĂč le temps est de l’argent, son usage doit donc ĂȘtre justifiĂ© par l’enjeu, et la vidĂ©o doit ĂȘtre la plus concise possible.

Pour finir rappelons qu’il est un mode de communication qui a largement fait ses preuves dans le domaine de l’Ă©ducation et de la com : « audio plus diapos ». C’est une formule trĂšs puissante tant du point de vue pĂ©dagogique que pour transmettre des Ă©motions, et ce pour un coĂ»t et des exigences bien moindres que la vidĂ©o. Les diapos offrent en outre les avantages de l’Ă©crit : vous pouvez les reconsulter a posteriori au rythme qui vous convient.

L’audio

Que découle-t-il de nos observations précédentes ?

Tout d’abord, que l’audio est un mĂ©dia complet :

  • l’audio permet de vĂ©hiculer l’Ă©motion, certes dans une moindre mesure que la vidĂ©o, mais en contrepartie d’une façon plus aisĂ©ment maĂźtrisable.
  • l’audio permet Ă©galement d’aborder les concepts les plus abstraits. Pour ce type de sujet, il peut ĂȘtre utilement renforcĂ© par des documents iconographiques (« un petit schĂ©ma vaut mieux qu’une longue explication« ) , mais ce n’est pas une nĂ©cessitĂ©.

L’audio est un mĂ©dia rustique et bon marchĂ©.

Nous l’avons dĂ©jĂ  abordĂ© au chapitre prĂ©cĂ©dent : l’audio est beaucoup moins exigent en ressources informatiques, en connectivitĂ© rĂ©seau, en matĂ©riel, en coĂ»ts d’enregistrement et de montage que la vidĂ©o.

C’est Ă©galement un mĂ©dia plus simple Ă  maĂźtriser techniquement et Ă©motionnellement.

L’audio est un mĂ©dia synthĂ©tique, voire elliptique.

Vous m’objecterez peut-ĂȘtre qu’il existe de nombreux exemples d’enregistrements d’interminables logorrhĂ©es qui n’ont rien de synthĂ©tiques, et vous aurez raison : je devrais plutĂŽt dire : « l’audio se doit d’ĂȘtre synthĂ©tique ».
Impossible en effet, comme pour l’Ă©crit, de lire en diagonale pour sauter les 3 pages de description qui vous barbent.
Impossible Ă©galement d’ĂȘtre distrait par les dĂ©tails annexes qui peuvent fourmiller dans une photo ou un film.
Impossible enfin de confisquer l’attention de vos auditeurs :
si vous ne savez pas ĂȘtre synthĂ©tique, vous ne serez tout simplement pas entendus.

Mais la parole est par essence synthĂ©tique. Pour s’en convaincre, regardons la photo lĂ©gendĂ©e ci-dessous :

La photo montre une rue pleine de monde. Quelles sont les informations importantes sur cette photo ? Il me faut lire la lĂ©gende pour le savoir, et encore… La rue est Ă  Time Square, OK, si je suis familier des lieux, je l’avais peut ĂȘtre dĂ©jĂ  remarquĂ©. Par contre qui est Jack ? L’homme en chemise de dos ? Ou au contraire l’homme au milieu de la foule, de face, avec ses lunettes sur le front ? Un autre ? La photo me montre au mĂȘme niveau les informations importantes et les dĂ©tails accessoires. Il existe certes des subterfuges pour mettre en emphase les informations importantes : lĂ©gende, floutage, loupe, cadrage…. mais en dĂ©finitive rien d’aussi simple et radical que ce que nous dit cette simple phrase :  « Jack descendit se promener dans les rues bondĂ©es autour de Time Square« .
En effet, si je m’Ă©tais contentĂ© de vous dire cette phrase sans vous montrer la photo, je vous aurais donnĂ© toutes les informations importantes et rien que les informations importantes ; votre cerveau se serait chargĂ© tout seul de construire le dĂ©cor autour (c’est en ce sens que la parole peut-ĂȘtre elliptique).
Contrairement Ă  l’Ă©cran de votre tĂ©lĂ©, d’ailleurs, votre cerveau n’a pas de limite : peut-ĂȘtre, probablement, sans doute, certainement auriez-vous imaginĂ© une rue autrement plus bondĂ©e et bigarrĂ©e que celle de la photo.

La parole, donc, peut et doit ĂȘtre synthĂ©tique. C’est un art qui s’apparente Ă  la sculpture de la glaise : je dois dans un premier temps agrĂ©ger mes concepts pour construire mon message, puis Ă©laguer consciencieusement mon discours pour le dĂ©barrasser de tout le superflu.

L’audio est un mĂ©dia non accaparant :

Vous pouvez l’Ă©couter au volant ou les mains prises.

Pour autant, non accaparant ne signifie pas qu’il ne peut pas ĂȘtre captivant. Tout au contraire l’audio a la capacitĂ© de dĂ©brider l’imagination :
Revenons sur cette sentence : « Contrairement Ă  l’Ă©cran de votre tĂ©lĂ©, votre cerveau n’a pas de limite« .

Imaginons que dans un film vous ayez le plan suivant :

Gros plan sur le regard de William, qui s’extasie Ă  voix haute.

Vous vous diriez alors probablement que le rĂ©alisateur Ă©tait arrivĂ© Ă  cours de budget au moment de tourner son plan et qu’il a donc eu recours Ă  une trĂšs, trĂšs grosse ficelle pour Ă©viter d’avoir Ă  faire le dĂ©cor de la ville, les costumes et Ă  payer des figurants. Vous vous diriez aussi que personne ne saurait ĂȘtre dupe d’une ruse aussi grossiĂšre et vous auriez certainement raison…

Pourtant, ce mĂȘme subterfuge est utilisĂ© Ă  tour de bras – et avec succĂšs – dans l’audio ou dans l’Ă©criture. Pour ces mĂ©dias, en effet, on est bien obligĂ© de mettre l’imagination du lecteur ou de l’auditeur Ă  contribution et les lecteurs comme les auditeurs s’y prĂȘtent de bonne grĂące sans mĂȘme s’en rendre compte.

Il en dĂ©coule une particularitĂ© fondamentale de l’audio et de l’Ă©criture : s’il n’existe guĂšre qu’une version d’un film, il existe autant de variantes d’un livre qu’il y a de lecteurs et chaque auditeur construit sa propre version du conte qu’il entend. L’Ă©coute, comme la lecture, ne sont pas consommĂ©es passivement, mais sollicitent la participation active du public.

C’est sans doute Ă  cause de cela que la radio est le mĂ©dia qui inspire le plus confiance : notre cerveau construit la reprĂ©sentation la plus dĂ©sirable et Ă©chafaude les hypothĂšses qui nous semblent les plus vraisemblables. On est naturellement enclin Ă  se croire soi-mĂȘme.

Peut-ĂȘtre vous demandez-vous – si c’est la participation active du public lui-mĂȘme qui contribue Ă  la crĂ©dibilitĂ© du mĂ©dia audio – pourquoi l’Ă©crit n’inspire-t-il pas autant confiance ? Eh bien tout d’abord sachez qu’en matiĂšre de confiance, la presse Ă©crite vient juste aprĂšs la radio : il s’en est donc fallu de peu ;-). Mais en dĂ©finitive, je crois que l’avantage de l’audio vient de sa capacitĂ© supĂ©rieure Ă  transmettre et susciter l’Ă©motion. Ce point a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©voquĂ©, nous n’y reviendrons pas.

En guise de conclusion

Ici s’achĂšve notre petit tour des diffĂ©rents modes de communication, de leur histoire et de leurs vertus respectives.

J’espĂšre vous avoir convaincu, s’il en Ă©tait besoin, que l’avenir n’est pas Ă  l’hĂ©gĂ©monie ou la domination d’un de ces modes de communication sur les autres : comme les instruments d’un orchestre, il faut les utiliser en fonction de leurs avantages et de leurs charmes respectifs, tantĂŽt de concert et tantĂŽt alternativement.

Parmi ces modes de communication, il en est un qui cultive les paradoxes :

  • il est capable d’emprunter le registre des Ă©motions comme celui des idĂ©es et des concepts,
  • c’est un mĂ©dia secondaire, non accaparant, que l’on peut Ă©couter en faisant autre chose, mais qui sollicite activement l’imagination et la rĂ©flexion des auditeurs,
  • c’est un mĂ©dia sobre, dĂ©pourvu d’artifice, mais qui en faisant appel Ă  l’imaginaire des auditeurs s’affranchit des limites.

C’est l’audio.

Si ce mĂ©dia vous intĂ©resse, n’hĂ©sitez pas Ă  nous contacter.

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